Sembène Ousmane

 

 

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En cliquant sur les 2 fichiers ci-dessus, vous découvrirez un interview de Monsieur Sembène Ousmane

réalisateur du film: Moolaadé, traitant de l'excision , entierement filmé au Burkina.

Monsieur Sembène est décédé le 9 juin 2007 à Dakar, il s'agissait de son dernier film

 

Vous le retrouvez également dans ma rubrique"culture" page "écrivains".

 

Quelques extraits de l'interview de Monsieur Ousmane Sembenè

Pourquoi avoir choisi de traiter le sujet de l'excision, à plus de 80 ans?

"Ce n'est pas vraiment un choix. J'avais décidé de faire un triptyque sur l'Afrique moderne, sur les femmes et les hommes d'aujourd'hui, à la ville et à la campagne. La campagne africaine n'est plus ce qu'elle était, même si les traditions sont restées. Parmi les coutumes, il y a des choses à enlever, et l'excision, contre laquelle beaucoup de femmes militent, en fait partie.Cette évolution lente de l'Afrique, c'est ce que j'appelle"l'héroisme au quotidien", ce sont ces gens dont on ne parle jamais et qui font bouger l'Afrique."

Collé, l'héroïne de Moolaadé, en est un exemple?

"Oui, il ne s'est rien passé dans sa vie, si ce n'est ce combat contre l'excision. L'actrice qui incarne Collé, Fatoumata Coulibaly, anime des émissions radio au mali, elle même excisée et milite contre l'excision. Dans le film jouent beaucoup de femmes militantes. Le soir, après le tournage, il y avait des débats entre les partisans et les militants de l'excision.

Comment avez-vous trouvé le village du film au Burkina Faso?

"Je l'ai cherché pendant 1 an, et je l'ai déniché à 600km de Ouagadougou. Je voulais un endroit où la nature est toujours verte, où les habitants n'ont pas faim. Je tenais à sortir de la représentation de l'Afrique miséreuse. La mosquée est un élément très important du village:c'est une des plus vieille du pays. Il y en a plusieurs de ce genre, elles datent du 7e ou 8e siècle, des débuts de la conversion de l'Afrique à l'islam. Au plus haut du toit, il y a un oeuf d'autruche, car dans la mystique des Bambara, le monde a commencé dans un oeuf d'autruche. Ce n'est que bien plus tard, que sont apparus les croissants de lune sur le toit des mosquées africaines. La forme de la mosquée est aussi inspirée des termitières. Je voulais montrer aux africains que nous avons un passé. Par exemple , dans ce village, il n'y a pas de cimetière, chaque famille enterre ses morts à la maison. C'est une tradition africaine. Ce village s'appelle Djlery So, c'est toute une légende, cela signifie"terre de sang", c'est un lieu où il y a eu beaucoup de batailles. Il y a encore 3 ethnies différentes qui y cohabitent.

Quelles langues sont parlées dans le film?  

  "Il fallait que je trouve une belle langue et des gens qui la parlent très bien. En Afrique de l'Ouest, les 2 langues les plus parlées sont le Pulaar et le Bambara, et ce sont dans ces 2 langues qu'il y a le plus de femmes excisées: ce sont les langues du film, qui sont parlées aussi au Burkina.

Vous montrez que l'excision est aussi une affaire de pouvoir, des hommes contre des femmes, des anciens contre des jeunes. Mais Collé, l'héroïne, utilise la tradition pour se battre contre la tradition.

"C'est le conflit de deux valeurs africaines: le droit d'asile(moolaadé) et l'excision. Ces deux valeurs s'affrontent.

Pensez-vous que Moolaadé puisse faire changer les choses?

"En Afrique, hommes et femmes doivent travailler là-dessus. C'est un film contre l'oppression de la liberté, cette oppression  des femmes qui est aussi une oppression des hommes: le père dit à son fils qu'il ne peut pas épouser celle à qui il était promis, car elle est "bilakoro", c'est à dire non excisée. Lorsque le fils décide de s'y opposer, c'est déjà un acte de courage. La majorité des hommes sont contre l'excision, mais ils ne l'avouent pas. Par mon travail, je suis bien placé pour dire les choses, je suis à même d'exprimer la parole non dite de la majorité des personnes. C'est mon métier qui me confére cette autorité."

                        

 

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